Atos possédait 4 activités stratégiques des services numériques en France :

  • Worldgrid, entité spécialisée dans l’énergie assurant la gestion du Réseau de Transport de l’Electricité (RTE) et les commandes des centrales nucléaires, qui a été cédée à Alten en décembre 2024.
  • Bull, fabricant unique en Europe des calculateurs haute performance, qui sera concédé à l’Agence des Participations de l’Etat (APE) au 1er semestre 2026.
  • Avantix, appartenant encore au groupe Atos, qui assure les activités de fabrication logicielle pour les armées incluant entre autres le Système d‘information Scorpion, les connectiques du Rafale, des logiciels de combats et de communication de la marine nationale, sans oublier les téléphones sécurisées Auxylium…
  • Un grand ensemble de systèmes et services numériques des ministères et des collectivités locales, incluant entre autres la Carte vitale, le DMP médical, Impots.gouv, France Connect et de multiples services qui accompagnent chaque jour l’ensemble de la population en France.

Cette place privilégiée d’entreprise privée de service numérique auprès de l’Etat provient des proximités entre les PDG des multiples sociétés absorbées par Atos et les gouvernements, quand ce n’était pas un ancien ministre de l’Économie qui dirigeait le groupe de 2009 à 2019. Près de 75% des productions Atos en France concernent le secteur public et parapublic.

Si les 2 premières activités sur l’énergie et les supercalculateurs sont « sauvées », les 2 dernières sont fortement fragilisées de par la composition et la situation financière du groupe Atos :

  • Une nouvelle structure capitalistique fin 2024 sous forme de double holding basée en Hollande exigées par les créanciers-propriétaires., afin de contourner les législations françaises,
  • Une base boursière possédée par des fonds spéculatifs anglo-américains à hauteur de 30 % qui sont décisionnaires car le reste de l’actionnariat est éparpillée en myriades d’investisseurs individuels.
  • Un fort endettement avec un capital à rembourser de 2,7 milliards € en 2029-2030 accompagné d’intérêts de quelque 200 millions par an, et un classement d’agence de notation en B- (spéculatif).
  • Un plan de redressement 2025-2028 dénommé Genesis basé sur des hypothèses fragiles qualifiées d’« ambitieuses » par les analystes.
  • Une forte contraction du chiffre d’affaires, des effectifs et des affaires commerciales qui démontre un affaiblissement du groupe.

Comment l’Etat peut-il permettre une telle situation ?  Des services de souveraineté et des services à la nation qui sont dépendants d’une entreprise fortement endettée dont le seul intérêt est de répondre à des fonds financiers étrangers ?

Des sénateurs – via une mission d ‘information en 2024 -, et des députés – via des amendements au projet de loi des finances 2025 – ont alerté sur la nécessité de nationaliser Atos. L’attentisme des ministres de l’Economie et de L’industrie, et les instabilités gouvernementales n’ont pas pu faire aboutir les propositions. Il est temps pour le gouvernement de faire cesser ce risque élevé dont aucun plan de continuité n’a été prévu pour soutenir Atos. Il en va des services à la nation, un sujet de res publica qui devrait être la priorité des responsables politiques.