L’intelligence artificielle continue de nourrir fantasmes et espérances. En tout cas elle fait causer. On pense à la boutade d’un humoriste du siècle dernier : « Ils te vendent de l’intelligence, ils n’ont même pas un échantillon sur eux » (Michel Colucci). Et ça  marche aussi pour résumer la belle histoire d’Atos avec sa créature NSC…

La direction d’Atos y croit dur comme fer, l’IA va tout changer. Changer quoi et comment, c’est moins clair… Pour la CGT, un nouvel outil de travail n’est, en soi, ni bon ni mauvais, tout dépend de ce qu’on en fait et de ce qu’on en attend. Mais les conditions de travail pourraient s’en trouver profondément modifiées. C’est pourquoi, depuis des mois, la CGT demande à la direction qu’un travail soit engagé afin de préciser et d’encadrer les conditions d’introduction de ces nouvelles technologies : règles et limites d’utilisation, cadre éthique, objectifs, impacts sur les conditions de travail…etc.

Avec sa « charte IA », la direction a enfin présenté la première brique de sa réflexion. Mais c’est une brique en carton et sur cette brique on ne construira pas grand-chose : quatre pauvres pages de déclarations d’intentions, dans un jargon aussi creux que prétentieux. Il paraît que c’est pour rassurer nos clients. Ils risquent plutôt d’en pleurer, et pas sûr que ce soit de rire…

Bref, c’est un ensemble de consignes générales qui jamais ne précise comment s’y conformer, ni de quoi exactement il s’agit. Ainsi, le salarié apprendra qu’il doit « utiliser exclusivement les outils autorisés ». Mais lesquels ? Il devra « protéger la confidentialité ». Mais comment ? Il devra aussi « respecter la propriété intellectuelle et le droit d’auteur ». Souhaitons lui d’être un peu juriste…

Il devra en outre « surveiller et signaler les incidents ». Mais lesquels, et comment les identifier ?

Il « prendra en compte l’impact environnemental ». Et comment ? Sans doute en modérant son utilisation des outils d’intelligence artificielle, car il ne suffit pas de prêcher l’IA « frugale » pour qu’elle le soit…

Enfin il devra « vérifier systématiquement tout contenu généré par l’IA ». Une tâche qui sera fort consommatrice de temps, alors que la direction attend de ces outils des gains considérables de productivité. Travailler plus vite, produire plus vite, ce n’est guère compatible avec un contrôle systématique de qualité. La CGT alerte dès à présent sur les injonctions contradictoires auxquelles les salariés vont se trouver confrontés.

Pour le moment, la charte n’a qu’un rôle informatif, sans conséquence disciplinaire possible. Les salariés ne pourront pas se voir reprocher de ne pas s’y être conformés. Mais demain ?

La CGT alerte également sur le caractère très intrusif de ces technologies et les risques qu’elles font peser sur la confidentialité et les droits des personnes. Des outils comme Copilot et le catalogue d’agents validés par Atos permettent d’ores et déjà à des personnes « autorisées » d’explorer en profondeur toutes les données et activités des salariés (Teams, Outlook, Sharepoint, etc.) Ceci dans le but d’analyser leurs actions, leurs compétences, leur travail. Big Brother n’est pas loin.

Tout ce que vous direz pourra être retenu… contre vous ?