Il paraît que c’est de saison, la période s’y prête, alors faisons le (triste) bilan de la chasse aux coûts entreprise par la nouvelle gouvernance, arrivée début 2025 et aux ordres des actionnaires-créanciers :

– Dénonciation de l’accord sur la santé/prévoyance car d’après la direction les « modalités » ne leur conviennent plus, comprendre ça leur coute trop cher.

– Négociation Annuelle Obligatoire à 0%, ça doit être le bon moyen de retenir les salariés dont on a besoin pour honorer nos contrats.

– Refus absolu de réévaluer les indemnités liées au télétravail.

– Pas de réévaluation des indemnités liées aux accords de mobilité et plus d’accord d’accompagnement sur les déménagements.

 

Examinons maintenant, en contrepoint, la rémunération du PDG d’Atos, données disponibles dans la « résolution 27 de l’Assemblée Générale des actionnaires d’Atos SE du 31/01/2025 » :

– Rémunération fixe annuelle : 1,2 millions d’euros €, soit plus de vingt fois le salaire moyen de l’entreprise. Est-on vraiment sur que son apport à Atos est vingt fois supérieur à celui de chacun de nos collègues ? On en doute fort au regard des résultats de l’entreprise sur l’année écoulée !

– Rémunération variable : cible à 100%, maximum à 150%, permettant un réel annuel oscillant entre 2,4M€ et 3,0M€. Là on est à 50 ou 60 fois le salaire moyen de ceux qui produisent vraiment dans l’entreprise, on est carrément dans l’indécence, mais dans ces temps de pénurie il faut bien donner envie à quelqu’un de finir le dépeçage d’Atos. Ce dur labeur doit mériter un salaire à la hauteur de la tâche…

Les critères de déclenchement de la rémunération variable :

– Evolution de la marge opérationnelle du Groupe pour 30% :se redresse effectivement mais on part de tellement loin…et surtout le carnet de commande lui est désespérément famélique.

– Variation nette de la trésorerie du Groupe pour 30% : à aussi il y a une avancée, on est toujours en négatif mais moins ! Au détriment de tous les investissements dont le Groupe aurait besoin, autant humainement qu’en recherche ou en matériel…

– Exécution du plan de transformation (suivis d’indicateurs clés de performance par le Conseil d’administration) 20% : c’est bien parti avec une réduction des effectifs de presque 50% au niveau mondial et de 30% en France. Par nature, les actionnaires et les banques aiment voir la masse salariale diminuer, ça sent bon les dividendes en hausse. Sauf que sans salariés on ne produit pas, on ne rembourse pas la dette et que la date butoir de 2028/2029 se rapproche. Mais ça n’est valable que pour ceux qui pensent à long terme, veulent sauver la boite et leurs emplois, donc pas le cas des deux catégories mentionnées précédemment…

– Réduction des émissions de carbone d’ici 2025 par rapport au niveau de référence de 2019 pour 10% : information sur cet item et pourtant on aimerait bien qu’on nous prouve qu’il ne s’agit pas d’un énième « Green Washing » issu de documents sur la Responsabilité Sociale de l’Entreprise auquel seuls ceux qui le rédigent font semblant de croire.

– Rétention des personnes clés 10% : déjà on aimerait savoir en quoi certaines personnes sont « clés » et pas l’ensemble des forces productives ! Mais vu les rémunérations et les grasses augmentations octroyées à ceux qui triment, cet objectif est mort-né !

– Plan d’actions de performance 2025-2028 : attribution d’actions gratuites conditionnée à l’évolution du cours de bourse sur 4 ans (objectif de multiplier par 4 le cours de l’action), correspondant à une base annuelle à 131% de la rémunération brute totale maximale : ce n’est pas gagné mais surtout ça montre à quel point, « chez ces gens-là » comme dirait Brel, l’égocentrisme leur laisse à penser qu’ils sont les seuls responsables d’une éventuelle embellie du Groupe. Et pour le coup on explose les compteurs de l’indécence : 131% de la rémunération brute totale maximale, cela représente la bagatelle de 4 millions d’euros d’actions potentielles !

 

On vous a gardé le meilleur pour la fin : est aussi prévu une rémunération exceptionnelle conditionnée au refinancement anticipé de la dette, 2,4M€ si refinancement avant fin 2027, 3,6M€ si refinancement avant fin 2026. Voilà l’explication majeure du plan de licenciement en cours et de tous les déboires que vivent les salariés dans leurs conditions de travail depuis un an : donner un signal positif et des garanties aux banques et aux actionnaires sur la capacité de la gouvernance actuelle à sabrer les effectifs, gestes unanimement encensés par ces vautours car promesses de gains plus substantiels…à court terme !