Le 8 septembre 2025, Atos annonce un PSE (intitulé faussement sauvegarde de l’emploi) en France portant sur 135 salariés, occupant des postes de support et de management.
Le nouveau PDG Philippe Salle accélère une politique de réduction des effectifs lancée par ses prédécesseurs. Le groupe Atos est passé de 110000 salariés en 2022 à 70000 en 2024, avec une trajectoire annoncée de diminution supplémentaire de 15 000 postes à supprimer pour les années 2025-2026.
En France, la population des ingénieurs et techniciens a baissé drastiquement et se chiffre à moins de 10000 salariés. 600 départs en 2024 n’ont pas été remplacés et la CGT estime une prévision de 900 postes supprimés en 2025. A cela s’ajoutent les cessions d’activités comme l’entité experte sur l’énergie (Worldgrid) de 625 personnes, et sur les supercalculateurs (HPC : High Performance Computing) de 1200 personnes dont l’acte de vente à l‘Etat a été signé le 31 juillet 2025.
Pourquoi une telle décroissance ?
Au niveau financier, la gouvernance Atos affiche au premier semestre 2025 des résultats négatifs mais conformes aux prévisions. Le marché a réagi favorablement aux réductions d’effectifs et le cours de bourse progresse en août et sept. 2025. Également, les créanciers-propriétaires d’Atos qui sont des fonds anglo-saxons, voient leurs capitaux multipliés afin d’assurer leurs remboursements de dette qui ont été reportés à 2029 pour près de 3 milliards €.
Aussi, le PDG est directement et hautement intéressé – en plus des résultats du groupe – par une restructuration de la dette qui lui permettrait d’empocher une prime exceptionnelle de 3,6 Millions € pour 2027.
Au niveau gouvernance, le PDG et ses collaborateurs directs nommés récemment qui proviennent principalement de ses anciennes fonctions (Emeria, Foncia…) ont pour constat que le groupe Atos se déclasse dans le rang des ESN (entreprise de service numérique) et est passé de la 7e place, à la 16e et est toujours en dégradation. Leur seul mantra – et seul levier pour arrêter l’hémorragie – la réduction des coûts. Cette méthode de cost killing a des effets immédiats sur les finances mais également sur la croissance qui abandonne toute ambition : à réduction sanglante, entreprise en déliquescence.
Il est étonnant d’entendre la novlangue démagogique des dirigeants actuels. D’un côté, la pseudo-curie méthodique d’un groupe détruit par des stratégies erratiques, De l’autre, des discours de gains hypothétiques par l’IA (Intelligence artificielle) sans peu ou pas de moyens. Les premiers cercles de directeurs relatent un management par la terreur de l’équipe gouvernante. Il faut couper partout, vite et en masse, afin de regagner une confiance d’emprunt sur les marchés financiers. Car le seul objectif du PDG est d’avoir recouvré assez de crédit pour emprunter de nouveau afin de rembourser le mur de dettes à l’échéance 2029.
Que cela implique-t-il ?
Une prétention de façade de maintenir 80 % du CA (chiffre d’affaires) du groupe en diminuant de 50 % et plus les effectifs.
Des résiliations de contrats dits rouges, – négatifs ou pas assez profitables – décrédibilisant Atos qui s ‘est pourtant engagé à fournir des services par contrat et qui se terminent par des échecs. Un management essoré par des aberrations de gouvernance qui continuent avec peu de moyens sur les projets qui délivrent de facto des productions de moindre qualité.
Une terrible pression sur le commerce qui doit résoudre une équation sans solution : vendre à prix forts des prestations à faibles couts internes ;
Des fonctions supports (RH, Finance, Marketing…) qui furent des relais fidèles des différents patrons et à qui on demande maintenant de prendre la porte à l’amiable dans un premier temps puis à qui on applique un PSE cassant.
Des salariés dévalorisés et déconsidérés depuis des années à qui on exige toujours de productivité, des missions lointaines, hors de leurs savoir-faire et dont la direction méprise leurs demandes et doléances.
Et par conséquent, des remontées de clients mécontents qui constatent les dysfonctionnements de prestations de par un manque d’adéquation entre les moyens promis contractuellement et les résultats.
Il y a une autre dimension à évoquer : celle des services publics. Atos en France, c’est plus de 70% des productions destinés à l’Etat et les collectivités. La qualité de fournitures repose sur les savoir-faire des ingénieurs et techniciens Atos. La réduction des effectifs, la baisse de la masse salariale, la juniorisation à marche forcée, la perte des connaissances par les départs sans passation, entrainent de facto des limites de rupture de production. Avant de couper pour des économies immédiates, la gouvernance ferait mieux de se poser la question de la préservation et la progression des métiers. La seule logique actuelle est que toute ressource – humaine incluse – est un coût ! Cette politique néolibérale est un risque élevé pour les intérêts de l’Etat et les services rendus à la nation par les prestations Atos.
En final, ce qui surnage, c’est un vide abyssal sur la croissance et les ambitions technologiques. En interne, on n’évoque plus de progression, d’innovation, de recrutement… Tout est axé sur dépenser moins. Ce qui en fait une politique de décroissance et de démantèlement qui amènera le groupe au point de disparation…






