L’information-consultation est terminée au Comité Social et Economique (CSE) sur le projet Cartier qui est la vente à l’Etat des activités HPC (calculateurs haute performance) et d’Advanced Computing. En termes juridiques, c’est la raison sociale Bull SAS qui est cédée.

Le rapport de l’expert auprès des représentants du personnel a été lu devant la direction qui a pris acte de l’avis négatif du CSE.

Ce qui est d’intérêt, ce ne sont pas les informations communiquées par le groupe Atos mais plutôt ce qui manque… Jugez en :

  • L’Agence des Participations de l’Etat (APE) a exigé l’avis du CSE Eviden pour la signature définitive du contrat d’achat… Mais a refusé de rencontrer vos représentants du personnel sous prétexte que… Le contrat n’était pas signé ! Cela implique que le CSE n’a pas la vision, ni les intentions de l’acheteur ce qui alarme d’autant les salariés ! La CGT aurait souhaité entendre si l’APE avait bien compris le modèle cyclique de production des supercalculateurs avec un besoin fort en fonds de roulement. Aussi si l’APE intégrerait des grands industriels de la défense au capital de Bull SAS… Nous n’avons pas les réponses.
  • Pour Bull SAS, de multiples questions en suspens dont celle de la viabilité. A commencer par comment la société survivra-t-elle avec ses 2500 salariés, sans être adossée à un grand groupe ?
    Comme le sont ses concurrents géants type Lenovo, HP, IBM ! Bull SAS déclare la nécessité de 200 nouveaux postes pour être autonome. Mais cela ne se fera pas sous le régime sévère Atos, qui assurera tout de même pendant un moment les supports avec des TSA (Transition Service Agreement). Bull en revanche fournira des RTSA (Reverse) pour le soutien technique aux équipes Atos… Le tout dans une concurrence qui arrivera vite puisque les 2 sociétés seront opposées sur des marchés communs ! C’est intenable ! On se rappelle encore la scission mortifère Eviden / Atos (2022-2024) lorsque le client voyait arriver les mêmes offres rivales !
    Et un sujet RH primordial n’est pas explicité : les salariés sous contrats Bull SAS – mais qui ne travaillent pas pour les HPC – vont migrer vers Atos et perdre leur convention métallurgie.
    Et inversement les salariés Atos qui sont impliqués dans les HPC, eux, se verront proposer un contrat Bull SAS. Au milieu de ce jeu de bonneteau, quid des accords sociaux collectifs ?
    Nous n’avons pas les réponses.
  • Pour Atos qui fut « oublié » dans la problématique de vente, les questions principales résident dans les impacts comme la perte de savoir-faire, l’abandon des 1800 brevets Bull, des offres remaniées sur des activités dont on nous rebat que ce sont les axes stratégiques de l’entreprise : la data, l’IA, le quantique ! Là encore, nous n’avons pas les réponses.

Ha ! un paramètre révélé : la séparation coûtera en carve-out entre 50 et 100 millions € !
Au-delà de l’approximation, c’est une somme à retirer du profit d’Atos dans le montant négocié…La direction s’améliore dans le gâchis ; Il avait fallu 1,1 milliard € pour l’imbécilité sans nom de la scission Eviden-Atos.

Dans ce type d’opération capitalistique complexe, la jurisprudence démontre qu’il faut plusieurs information-consultations. Ce fut la demande du CSE. Et une fin immédiate de non-recevoir de la part de la direction… Toujours au top dans la transparence cette gouvernance !

Comment Atos explique le fonds de roulement Bull ?

On ne peut s’empêcher de vous faire partager une réponse de la direction sur l’argent nécessaire au quotidien pour faire vivre en autonomie la société Bull SAS après sa vente.
Cela nous semblait une question de fond ! Voilà l’approximation qu’on nous assène sur le fonds !
Le texte de réponse de la direction est scrupuleusement cité :

« Un mécanisme de calcul du besoin en fonds de roulement normatif (BFR normatif) est prévu entre l’acheteur et le vendeur. Le BFR normatif comme de pratique correspond au montant jugé nécessaire pour le bon fonctionnement de l’activité Cartier.

Ce BFR normatif fait partie du prix de cession. Atos n’a pas besoin d’apporter de fonds supplémentaires pour financer le BFR de Cartier. À la date de clôture, toute différence entre le BFR normatif et le BFR réel au jour de clôture (BFR de réalisation) fera l’objet d’ajustements (positifs ou négatifs).

À ce jour, il n’est pas possible de fournir le montant du BFR normatif ni celui du BFR réel, car le bilan du périmètre Cartier n’existe pas encore et le BFR normatif sera calculé sur la période entre la signature et la clôture. »