L’histoire commence en août 2023. Sur Keynectis cybersécurité, entité d’une centaine de salariés, il y a eu, dans le même service, plusieurs longs arrêts-maladies pour burn-out ainsi qu’une vague notable de démissions.

Vos élus CGT ont déclenché un DGI (Danger Grave Imminent) car le code du travail précise dans son article L4121-1, que l’employeur est responsable en prévention de la santé physique et mentale de ses employés.

Une enquête est menée par la direction en nov., mais les conclusions sont des intentions et non des actions.

La CGT demande donc une expertise auprès d’un cabinet de conseil spécialisé dans les Risques Psycho-Sociaux (RPS). Les investigations ont lieu en début 2024. L’expert ne s’est pas contenté de qualifier la situation de santé des salariés, il a établi une analyse de causes qui détermine les vrais déclencheurs de la crise sur Keynectis. Les constats sont sans appel :

  • C’est l’organisation globale du travail qui génère du sur-stress et de l’épuisement professionnel.
  • L’intégration de Keynectis dans le groupe Atos a provoqué des changements importants comme la perte de culture d’entreprise, des savoir-faire et le collectif de travail.
  • La production est en crise permanente car les urgences sont devenues la norme de fonctionnement.
  • Le middle management – Product owner et Product manager – ont protégé les équipes mais a subi toute la pression de désorganisation.
  • Les développeurs ont aussi été démotivés car ils ne pouvaient faire du code de qualité avec des instructions contradictoires et des plannings imposés. Ils cherchent donc à partir ailleurs.
  • Les développeurs ont aussi été démotivés car ils ne pouvaient faire du code de qualité avec des instructions contradictoires et des plannings imposés. Ils cherchent donc à partir ailleurs.
  • L’organisation en silos dessert le collectif de travail et la communication interne. Mais surtout les services ont des objectifs divergents qui entrainent des conflits.
  • Les interviews remontent un ressenti majoritaire : la direction ne soutient pas la production.
  • Il existe chez Atos des fiches de prévention des risques qui ont été communiquées à l’expert. Cependant la ligne managériale ne les connait pas. Le DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels) est peu renseigné sur les risques RPS – 1 seul item alors qu’il existe une douzaine de cas d’environnement pathogène. Ces informations sont une obligation pour l’employeur.
  • En résumé l’expert énonce que du bon sens de première année d’école d’ingénieurs : tout ne peut pas être urgent, il faut mettre de l’ordre dans la production et partager les décisions.

Ce qui est incroyable c’est qu’en parallèle, le plan d’actions théorique du management en nov. 2023, restitue les mêmes constats ! Avec d’autres mots bien sûr pour amoindrir les chocs. La direction écrit  :

  • Encourager l’utilisation des jours de congés régulièrement dans l’année pour éviter le stress.
  • Améliorer la compréhension des rôles, des responsabilités et des défis au sein des équipes.
  • Créer un comité de pilotage pour la prise de décision éclairée avec une transparence de com.
  • Proposer des formations de résolution de conflits, de gestion du stress, et sur les RPS.
  • Redonner de la décision aux rôles de managers en proximité : Product owner et Product manager.
  • Documenter les processus de décision accessibles à toutes les équipes concernées.
  • Mettre en œuvre des initiatives pour le bien-être général (petit déjeuner, café…) et Team-Building.
  • Créer des Workshop au niveau du management pour discuter des défis, prioriser les actions…
  • Embaucher des qualiticiens logiciels, des développeurs, des managers de proximité !

Et qu’est-il advenu ? Par manque de moyens, le plan de la direction n’a pas ou peu avancé ! L’enjeu c’est la santé des salariés. La loi demande de la prévention. Pas de la réaction a posteriori après que les problèmes existent, avec les dégâts sur les salariés ! Le manager semble ignorer la réalité et raconte en CSE que tout va bien ! Le cas Keynectis est aussi fréquent sur d’autres projets Atos-Eviden où la vision financière balaye les impératifs techniques de nos métiers…