Deux expertises étaient à l’ordre du jour du CSE Atos, dont l’une consacrée à la situation financière et économique du groupe. Le cabinet mandaté sur ce sujet par les représentants du personnel a présenté son rapport.
Dans les circonstances actuelles de réorganisation en profondeur d’Atos, ce rapport revêt un intérêt particulier : il dresse un tableau de l’état du groupe dans lequel cette nouvelle-nouvelle-réorganisation se déploie, et donc l’inventaire des moyens dont elle dispose pour s’opérer.
A commencer par un bilan de l’année 2024. D’abord le poids de l’héritage : le projet de scission tant vanté dont toutes les étapes intermédiaires ont foiré, puis son abandon obligeant à refaire à grands frais ce qui avait été défait pour plus cher encore et tenter de restaurer une activité méticuleusement dévastée… Or, les errances de gouvernance des années passées ont été comprises à 100% par le marché et – comment leur en vouloir ? – par les clients qui ont pris la fuite. Résultat : effondrement des prises de commandes et du chiffre d’affaires, marge opérationnelle famélique, très éloignée du minimum requis pour faire face à la dette, avec en conséquence une consommation excessive de trésorerie.
Ainsi, en quelques années, le groupe sera passé de 120.000 à 60.000 salariés ce qui scelle ses ambitions internationales passées et le range dorénavant dans la catégorie des acteurs locaux.
Au vu des objectifs annoncés, les années 2025, 2026 et 2027 promettent d’être difficiles.
Le redressement s’il doit se produire, est attendu pour 2028 (le remboursement de la dette aussi) mais la direction ne communique guère sur les étapes intermédiaires.
Ensuite un focus sur Tech Foundations : là aussi, sans surprise, les prises de commandes sont en chute libre. Le chiffre d’affaires décroit également et les projections sur 2025 sont très pessimistes au vu du défaut de nouvelles signatures de contrats. En revanche, le taux de marge s’est nettement redressé eu égard au travail effectué sur les projets déficitaires, que ce soit pour en améliorer les résultats, ou pour y mettre fin prématurément.
L’expert met enfin en garde la direction sur le risque des sur-promesses de l’intelligence artificielle dont elle espère tant, mais qui va requérir de lourds investissements en formation, en R&D, voire en croissance externe, pour des bénéfices qui risquent de (trop) tarder à se concrétiser.
La direction ne conteste pas la gravité de la situation. Elle réaffirme que l’accent est mis désormais sur la croissance organique (c’est-à-dire en interne) à rebours de la croissance externe (par achat d’entreprises) qui était pratiquée jusqu’ici par le groupe. Sur les orientations passées, la direction parle d’erreurs stratégiques. On ne peut s’empêcher de penser que parmi les décisionnaires d’alors, certains ont quitté le groupe avec les honneurs, les remerciements de circonstance, et aussi avec les poches pleines.
Le constat est amer, tant sur les erreurs commises, malgré les alertes exprimées à de multiples reprises par les représentants du personnel, que sur la situation qui en résulte maintenant.
Mais au-delà du constat, c’est l’inquiétude qui prime désormais, de voir la direction déployer une réorganisation d’ampleur – de la dernière chance ? – dans un contexte aussi contraint, avec si peu de marges de manœuvre et de moyens.
Parce qu’alors, on ne le sait que trop bien, la seule variable d’ajustement c’est vous, encore et toujours, vous les salariés, vos effectifs, vos salaires et vos conditions de travail…






